Un jeudi de lAscension, un jour presque ordinaire, un départ programmé pour un week-end prolongé. Pourquoi pas ? Des amis agréables, un cadre privilégié, une douceur printanière .On ne pense pas que le téléphone va sonner, ou plutôt on le souhaite si fort et de façon permanente que le désir est comme anesthésié Et il sonne .A une heure inconvenante pour un jour férié !! Comme dhabitude Pourtant cest si bon dentendre cette voix et dengager une conversation dont on sait quelle sera de toute façon enrichissante Elle commence toujours par quelques banalités comme si laccroche paraissait ardue puis, une proposition : « jai quelque chose de bon pour toi, tu devrais essayer ». Difficultés dorganisation Fausses excuses, la peur peut-être, encore elle, ce mélange de confiance et de crainte, denvie et de refus Lolfactothérapie ? Quest-ce encore ? Jen comprends le concept mais comme à laccoutumée jai quelques difficultés à en imaginer la finalité. Mais ma curiosité est piquée. Allons-y ..
Un lieu et une personne aimés, un ami, un gourou, un thérapeute Que va-t-il encore se passer ? Il faut sallonger, fermer les yeux, avoir un nez parfaitement propre et ne porter sur soi aucune odeur, aucun parfum qui puisse contrarier ceux qui vont être présentés à mon odorat. Ces odeurs devront être classées en quatre catégories : aimées, moyennement aimées mais plutôt agréables, toujours moyennement aimées mais pas appréciées et puis détestées. Allons-y ..
Les deux premières furent dans la catégorie moyenne. Elles néveillaient rien de spécial en moi. Jaimais la troisième. Une sensation de fraîcheur . » A quoi penses-tu là à ce moment précis ? », me demanda-t-il. «Un paysage doux, vallonné, reposant, clair ». « Quel âge as-tu ? ». Je navais pas dâge, en fait je ne me voyais pas. Je contemplais ce paysage et il était intemporel. Il était apaisant. Dautres odeurs moyennes Allons-y encore.
Et puis soudain, sous mes narines, quelque chose de repoussant, de répugnant. Mes sourcils se froncent, jai envie de me détourner. « Et là que vois-tu ? ». Cétait sombre, une forêt remplie darbres noirs, au tronc torturé, enchevêtrés, sans feuilles. Au milieu ? Une porte.épaisse, lourde. « Non je ne veux pas la pousser !!». Jai une odeur de terre dans la bouche De la terre ? Mais quelle terre ? « Celle que lon jette symboliquement sur les cercueils avant den poursuivre linhumation. Celle qui résonne sur cette boîte à jamais scellée qui emmène . »Maman !! Pourquoi mas-tu abandonnée ? Pourquoi mas-tu laissée seule ? » Je craque, je pleure. Je ne suis plus là .Ma mère me manque. Elle que je nai quasiment pas pleurée et à qui je nai pas su parler. Jai vécu sa disparition avec froideur comme si je voulais me défendre dune quelconque affection à son égard. Pourquoi ? De quoi ai-je manqué ? Quelles empreintes ont été laissées par son attitude qui se voulait aimante et distante à la fois ? Question déducation certainement et puis cette dépression chronique qui me laissait moi, la petite fille, toujours dans linquiétude dun abandon temporaire ou définitif. Toujours lui dont la crainte me poursuit encore aujourdhui.
Une voix me ramène à la réalité : « Mais non tu nes pas seule». Je me calme. Il va maintenant falloir que cette odeur devienne si ce nest agréable, tout du moins acceptable..Jen doute. Allons-y ..
Si je navais pas en elle une confiance totale jaurais très certainement traité de charlatan la personne qui me présentait une odeur classée désormais dans la catégorie moyenne. Non ? Impossible, ce nétait pas la même !! « Si je te lassure ». Alors jy crois. Mais au-delà de cette «conversion », de cette odeur redevenue presque agréable, il y a cette expérience supplémentaire, cette introspection du passé, cette impression de libération même si elle est partielle.
Jai pris la route bouleversée. Toute la journée, celles qui ont suivi et aujourdhui encore jy pense. Mais lémotion a engendré la prise de conscience et a laissé place à la sérénité. Dautres conversations, dautres rencontres, dautres lectures, mavaient déjà mise sur la voie mais énormément de chemin reste à faire. Lessentiel cest davoir, grâce à cette séance, su tirer le fil de lécheveau, celui qui permet de le dérouler et den faire une pelote aux formes parfaites, ronde, lisse comme le sein dun mère .Plus denchevêtrement ..Alors si vous avez vous aussi envie de tenter lexpérience, allez-y ..
Consultante anonyme
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